Philosophie du dimanche soir.
Moins nauséeuse mais toujours aussi chiante.
Fidèle à moi-même.
Ces moments où on se dit qu'il faut se reprendre en main, que la vie file, beaucoup trop vite, en emportant avec elle les amis et les amours, ceux qu'on voulait garder précieusement, enfermés dans une petite boîte en bois, et ceux dont on n'attendait plus qu'une chose : les oublier. Ces moments où on se dit qu'on n'aura pas droit à une deuxième chance, que si tout a foiré, on en est bien le seul responsable, et que le monde s'arrêtera pas de tourner pour nos beaux yeux. Ces moments où on cherche désespérément un endroit calme pour pouvoir pleurer toutes les larmes de notre corps, et finir par allumer une cigarette, l'éternelle dernière, le regard dans le vide. En croisant les doigts pour que le Prince Charmant, très fourbe personnage, ne passe pas dans les parages à ce moment-là, parce qu'avec nos yeux rouges et nos cheveux en bataille, on a vraiment une allure pour le moins effrayante. Et puis, retrouvant notre caractère catastrophique, on se dit que s'il passe malgré nos prières répétées, on relèvera la tête, et le regardera droit dans les yeux ,sans même prendre la peine de se planquer derrière nos nouvelles lunettes de soleil achetées à 9,99€ au Printemps. Et après, quand il aura tourné au coin de la rue, on se ré-effondrera, en se disant "Chouette, un de plus qui me passe sous le nez". Ces moments où on serait heureux, finalement, d'avoir des nouvelles d'à-peu-près n'importe qui, à part du Prince Charmant et de celui avec lequel on n'est pas. Mais évidemment, dans ces moments-là, tout l'monde est occupé à des choses bien plus importantes que nous. Ou pas.
Et c'est ce putain de "ou pas" qui nous réveille. Qui fait qu'on va se poser tranquillement dans le plus proche et plus abordable café, le temps de sécher nos dernières larmes avant d'appeler quelqu'un.
Parce qu'on se rend compte que depuis une demi-heure, on se lamente tristement sur son propre sort, sans penser une seule misérable seconde aux autres. Ces autres qui, certes, ne sont pas toujours là pour nous... Mais est-on toujours disponible quand ils ont besoin de nous ?
Alors on prend des bonnes résolutions, fragiles et éphémères, c'est promis, on sera toujours là, à côté d'eux, pour le meilleur et pour le pire, et on saura oublier un instant nos problèmes pour nous consacrer aux leurs. Sauf quand on sera parti, ici ou ailleurs, voir d'autres gens, d'autres paysages, oublier réellement tout ça, et eux dans le lot. Et on enverra des cartes postales, des mails, ces mots crétins qui font toujours plaisir. Et ce sera le début de la fin. De jour en jour, on passera à autre chose, s'attachera à de nouvelles personnes, et on écrira de moins en moins... Et des semaines, des mois, des années plus tard, on se souviendra, en tombant sur des vieilles lettres, des vieux mails et des vieilles photos planqués dans des sous-dossiers de l'ordinateur de nos parents, de ceux auxquels on ne parle plus, et on se dira : "Comment j'ai fait pour passer à côté d'eux ? Ils étaient pourtant formidables, toujours là pour moi..."
Oui, j'ai peur.


